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« Le Dahlia noir » : L’un des meurtres les plus sordides adapté au 9e art

L'enquête de leur vie

Avant que le film de De Palma ne voit le jour, le réalisateur David Fincher (Fight Club, L'Étrange Histoire de Benjamin Button, The Social Network) voulait porter le roman d'Ellroy au grand écran. Tom Cruise devait même y avoir un rôle important. Malheureusement, comme on le sait, le projet ne s'est jamais concrétisé. Le cinéaste américain n'a toutefois pas baissé les bras pour autant. Il s'est joint à Matz pour coécrire le scénario de cette bande dessinée.

Et disons-le tout de suite, ce n'était pas une mince affaire. Le roman d'Ellroy est riche et assez complexe. Tout comme dans les adaptations cinématographiques, on ne pouvait pas tout mettre. Néanmoins, je crois que l'album de 170 pages conserve l'essence de l'oeuvre.

D'ailleurs, avant d'aller plus loin, il me paraît nécessaire de résumer l'histoire. Le Dahlia noir raconte l'histoire de Dwight « Bucky » Bleichert, un jeune policier qui vient tout juste d'arriver aux Mandats, l'un des services les plus prestigieux de la police de Los Angeles. Lors de sa première journée de travail, ses supérieurs lui demandent de travailler avec Leland « Lee » Blanchard, son nouveau coéquipier. Les deux hommes se connaissent déjà. Étant tous deux d'anciens boxeurs, ils se sont déjà affrontés dans un ring.

Tandis que les deux enquêteurs commencent à patrouiller dans la ville ensemble, ils sont affectés à un horrible crime. Une jeune femme a été retrouvée morte dans un terrain vague. Son corps a été coupé en deux et vidé de son sang. Va alors s’entamer une longue et pénible enquête qui changera à jamais la vie de nos deux protagonistes.

Une intrigue complexe

Il ne faut pas se leurrer, Le Dahlia noir est une bande dessinée très complexe. Dès les premières pages, il faut faire preuve de beaucoup de concentration. Je ne vous le cacherai pas, j'ai souvent eu à revenir en arrière pour mieux comprendre les subtilités de l'intrigue. Pendant le premier quart de ma lecture, j'avais aussi de la difficulté à distinguer les deux hommes. Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas autant creusé les méninges en lisant une bande dessinée.

Cependant, je n'irai pas jusqu'à dire que l'album est incohérent. Certes, on embarque dans le train plus difficilement que dans une œuvre orientée vers l'action ou l'humour, mais une fois qu'on est dedans, on ne veut plus en sortir. C'est le genre d'oeuvre que l'on peut lire deux ou trois fois, et dont chaque lecture va nous faire remarquer un détail ici et là que l'on avait manqué la première fois. C'est tout simplement brillant!

Évidemment, l'accent est mis sur l'enquête policière, mais les auteurs n'ont pas non plus écarté la vie personnelle de nos deux coéquipiers. Ceux-ci se retrouvent même dans un triangle amoureux étrange. Bien qu'ils soient amoureux de la même femme, ça ne les empêche pas de la voir en même temps et de passer du bon temps ensemble comme des bons amis.

Même s'ils sont des policiers, les protagonistes ne sont pas des enfants de choeur. Chacun a ses petits secrets et n'est pas insensible aux charmes des femmes et à l'argent. On finit même par éprouver un très grand attachement à ces deux personnages profondément humains.

Les 20 ou 30 dernières pages sont les plus puissantes de l'oeuvre. Elles sont consacrées au dénouement et à la révélation des punchs. On y va de rebondissement en rebondissement, sans jamais non plus tomber dans l'absurde ou le trop gros. Et c'est là qu'on réalise que ça valait la peine de continuer notre lecture jusqu'au bout.

On découvre l'identité du meurtrier, en plus d'avoir la réponse à pas mal de questions (ce qui est assez rare dans le monde de la BD). Et c'est du grand art. Je ne m'attendais pas à la plupart des révélations.

Le dessin est ici signé par Miles Hyman. En utilisant le fusain, il est arrivé à recréer parfaitement l'atmosphère de ce livre noir. La Cité des Anges est capable du plus laid, mais également du plus beau. Il navigue souvent entre la violence et la sensualité. Chose étonnante, la majorité des planches n'a que trois strips maximum.

Verdict

Ce n'était pas une mince affaire d'adapter en bande dessinée Le Dahlia noir. Néanmoins, on peut dire qu'ici, Matz, David Fincher et Miles Hyman y sont arrivés haut la main. Ils signent un album intelligent, rempli de détails et qui plaira par-dessus tout aux amateurs les plus sévères d'oeuvres policières.

Cote : 4 étoiles sur 5 

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